Depuis quelques jours, je profite un peu de la société en attendant mon nouvel engagement. J’attendais un peu ce moment avec curiosité et d’appréhension, m’imaginant un peu cela comme un drame solitaire horrible et honteux.
Et là, je suis en plein dedans, et je me sens plutôt comme en vacances officieuses, en stand-by, même pas peur, et je crois que c’est parce que je sais que quelque chose suit tout ça. Je me rends compte que ce n’est pas le statut, mais bien le terme « chômage » qui comporte toutes ces impressions de honte et de terreur que je me faisais: on devrait plutôt appeler ça « période de transition », je suis certaine que cela évoquerait autre chose pour tout le monde et pousserait même à la recherche d’emploi.
A part ça, je me rends compte de plusieurs choses:
- Ce n’est pas parce qu’on a plus de temps pour soi que l’on fait plus de choses: la glandouille entraîne la glandouille, la procrastination des semaines précédentes entraîne l’amnésie (j’en oublie même de noter mes idées de posts), et c’est quand même merveilleusement reposant
- Le sommeil est beaucoup plus calme et réparateur: je pensais me réveiller tous les jours aux alentours de midi comme je le faisais le matin de mes jours de congé, mais au contraire, je me réveille vers 8 ou 9 heures en pleine forme
- Le temps que l’on pourrait consacrer à dépenser son pécule est inversément proportionnel à celui-ci
- C’est dans ce genre de situation que l’on constate que le monde de l’écran prend toute son importance: la culture cinématographique s’étend à la vitesse vv’, la quête de DVD à prêter devient frénétique, le confort « Home cinema » et cocoon se fait ressentir comme un besoin essentiel; la télé manque parfois, mais pas trop quand on a un pc.
- Contrairement à ce que l’on peut croire, un syndicat ne nous défend ni nous protège contre les méandres administratifs de l’état et les employeurs, mais c’est bien à nous de nous défendre contre un syndicat
- Etrangement, la sociabilisation se fait toute seule: je n’ai jamais vu ni parlé avec autant de gens en si peu de temps depuis trois ans; moi, sociopathe innée, me voilà en train de partager Armagnacs et autres alcools locaux du Sud avec un patron de resto périgourdin, papoter avec un chanteur aveugle de ses reprises de Gainsbourg, offrir des bières à de parfaits inconnus, envoyer des sms pour le moins étranges à des gens que je n’ai vu qu’une ou deux fois, et surtout, surtout, recevoir des potes chez moi – oué, j’ai même des potes maintenant – pendant quelques jours, saperlotte il a fallu que je range pour éviter d’avoir à acheter des échasses. Je ne me reconnais plus, ça m’effraie d’ailleurs, j’ai peur de devenir un être social et d’oublier de penser à mes malheurs, à mes réflexions sur le monde impitoyable qui nous entoure et à mes tortures mentales routinières; je ne tilte quasiment plus quand je suis spectatrice d’un comportement ou d’une attitude incohérente de mes contemporains, je m’en fous, laisse couler et continue à siroter mon verre de vin en oubliant, Brrr. Moi qui pensais que le boulot empêchait de penser, je me rends compte que dans mon cas c’est l’inverse qui se produit, et je finis même par apprécier cela. Heureusement, je recommence la semaine prochaine.
princess klopobek

