Je ne suis pas une habituée des supermarchés (Ma fréquence gravite aux alentours d’une à deux fois par mois, les début de mois étant alimentés de produits frais, les fins, de surgelés, de biscuits secs et de nutella); et, à dire vrai (Pour changer de « à vrai dire », c’est plus sympa d’alterner les introductions de phrases et c’est mieux que « p’tain »), je ne me ferai jamais aux ouvertures de caisses. Quand retentit le tant attendu « Monique renfort caisse », depuis la vue panoramique qu’offre le bout de ma file, j’assiste à un troublant changement de comportement supermarchoethnique (Inventez moi un adjectif pour exprimer ça, j’ai pas envie aujourd’hui).
Apparaît donc la sulfureuse Monique, devant la caisse, juste à côté de ma file. Levant le regard, je l’aperçois, mais hélas, dans ce genre de situation, mon esprit tourne au ralenti… Je me tâte: « J’y vais? J’y vais pas? Là où je suis, je n’ai qu’à aller tout droit, et non pas à tracer une hypothénuse qui fatiguerait encore un peu plus mes pauvres mais néanmoins adorables petits pieds endoloris, ce qui me fait penser que j’ai encore oublié de racheter un coupe-ongles, voyons, mais c’est quoi encore ce calcul de l’énergie dépensée par rapport à la masse et à l’accélération, si j’applique ça au poids du caddie additionné à mon poids… Oui mais le temps d’attente sera peut-être moins long, ce qui annulerait la fatigue accumulée en question, surtout au vu du total du remplissage du caddie de la grosse de devant, diantre, un petit régime s’imposerait Madame, et vous devriez éviter de porter un bermuda avec des bottes ». Dans le crâne des autres clients, les choses sont tout autres. Celui qui, trois files à ma droite, a laissé passer devant lui la charmante demoiselle aux deux boîtes de coca, a à peine plissé les yeux. Celle qui donne une boisson lactée à son charmant bambin gueulard à deux files de là s’empresse nerveusement de terminer son geste et empoigne son caddie. Les chariots, tout à coup, ne ressemblent plus à une simple grille de métal sur roulette: ils mutent en formidables véhicules de course tout-terrain, tout pouvant alors faire office de terrain, et c’est la ruée. Moi qui suis juste à côté de la caisse convoitée, je n’ai pas le temps de faire deux pas, que trois personnes freinent à bloc devant Monique, au point de presque se foncer dedans. Apparemment, tout le monde estime normal de ne pas même lever un regard vers l’autre pour voir s’il n’y a personne dans le chemin, ou quelqu’un avec un chargement plus léger. La pâle silhouette de galanterie qui existait encore vaguement deux secondes plutôt eût paru une notion complètement surréaliste en cet instant, et mon chien n’aurait pas fait mieux devant un bol rempli de croquettes après dix-huit jours de jeûne; mais mon chien est éduqué.
C’est là que c’est sorti tout seul, assez fort, comme un couac, comme à son habitude: « La guerre mondiale a éclaté??? »(Sous-entendu: même les Russes n’étaient pas aussi impolis dans leurs supermarchés à moitié vides). Et je me suis remise dans ma file.
princess klopobek