On va encore me dire que j’écris des saloperies

Dimanche 20 Novembre 2005, 16:30

De votre envoyé spécial.

Je suis allée jeter un oeil à ce que l’on appelle la “soirée parano”, du site du même nom.
(A vrai dire, j’hésite à écrire ce post, pour diverses raisons)

Il faut d’abord savoir en quoi consiste ce site: pour expliquer le principe, on le décrit comme un site de “jeu de rôles”. Alors comme tout le monde en parle, on se demande ce qui attire tant de monde, et on s’y inscrit. On commence alors le “jeu”, et une couleur nous est donnée. On entre sous la bannière du “bonheur” (”L’Ordinateur veut votre bonheur”), et on apprend vite que le but est de passer de la couleur “infra-rouge” à la couleur ultra-violette, élite ultime de la micro-société. Apparemment, il s’agirait d’une variation d’un jeu de rôle des années 80 plus ou moins du même nom, reprenant les principes des couleurs et de l’Ordinateur (Mais je ne sais pas dans quelle mesure les règles sont similaires puisque les rôles sont assez mal définis sur le site - Y a-t-il vraiment des “traîtres” exterminables - à part ceux que ce site n’intéresse pas - puisque le but des participants est de rester inscrit et d’évoluer?). La première mission du “misérable petit infra-rouge” (Bizuté?) consiste à remplir une fiche de personnalité et à insérer une ou deux photos. Puis on papote un peu avec ses copains, et on passe au niveau suivant. On demande d’étoffer la fiche, d’ajouter des photos, de parler avec des gens. Et en fait, c’est tout. Le principe, c’est de parler de soi, d’ajouter des photos, de parler avec tout le monde et d’aimer tout le monde, et d’idolâtrer un genre d’entité dont aucune définition n’est faite, appelée l’Ordinateur. On attend. Rien ne se passe. Puis on se rend compte que ce site n’est rien d’autre qu’un site de rencontres sans spécificité particulière, sans aucun peps, au lay out minimal, -on se demande où est le jeu- et que l’Ordinateur n’est rien d’autre que le créateur du site, duquel je ne dirai rien puisque je ne le connais pas, mais tout de même. Réussir à se faire aduler d’un grand public avec un concept aussi simpliste, chapeau, c’est assez drôle. Pour le reste, j’ai entendu de tout, ainsi que des vertes et des pas mûres, donc autant éviter d’entretenir le “mythe” dans un sens ou de lancer des insultes dans l’autre.
Il faut également savoir que le site est divisé en “secteurs” (Un peu comme dans Fight Club, cf. moment où Durden rejoint les groupes de soutien aux maux divers). Les secteurs réunissent des personnes avec un intérêt commun, qu’il s’agisse d’art, de cinéma, de la ville d’origine, de snobisme, de style, etc. (Certains secteurs font d’ailleurs de leur centre d’intérêt commun une espèce d’élitisme). Bref, c’est varié. C’est sans doute pour ça également que je n’ai pas accroché, vu que je m’intéresse un peu à tout.

Concernant les participants, je les diviserais, a priori, en trois catégories: les lucides, les copulatoires, et les fanatiques. Les lucides, ce sont ceux qui n’en ont pas trop grand -chose à faire du site, ceux qui y viennent pour parler avec leurs potes, et éventuellement, faire la connaissance des potes de leurs potes. Ils y voient juste un aspect pratique.
Inutile de définir les copulatoires.
Concernant les fanatiques, c’est là que ça devient intéressant: ils donnent un aspect “sectaire” à l’affaire. Fous de parano, ils ne vivent que par ça, j’ai entendu des “sans parano je ne suis rien”. Tous leurs amis sont paranoïdes/ïaques, ils ont des fiches de six mille pixels de long, ils feraient tout pour devenir violets, ils se battent pour être bénévoles aux vestiaires des soirées.

Je dois avouer que j’ai énormément ri au cours de cette soirée, dont le thème déguisé était “pouf vs geek”. Il y avait de tout: des kilts, des goths, des gens normaux déguisés en poufs et en geeks (Ou parfois, à leur corps défendant), des poufs déguisées en poufs, des geeks déguisés en geeks, des poufs goths (Mais pas de geek goth), une vraie inventivité au niveau des costumes. Il y avait aussi des gens non-déguisés.

A part cela, rien. Et au bout d’un moment, après avoir bien ri, on commence à analyser un peu la situation, d’où ce post, qui peut paraître peut-être un peu vite fait, mais il est écrit à brûle-pourpoint et d’un point de vue tout à fait extérieur. Donc pas nécessairement objectif :D
A mon sens, et pour éviter de faire des généralités (Merci donc de ne pas hurler, je suis consciente qu’il y avait des gens tout à fait bien dans leurs pompes au milieu de tout ça), on dirait qu’une grande partie de la population est de la génération des paumés, en quête d’une certaine reconnaissance de soi ou de sa différence et de son unicité - Comme la plupart des groupements de ce genre, finalement. Mais tout ce monde qui veut affirmer sa différence, à force, ils deviennent tous pareils. Etrangement, on cherche un groupe pour affirmer une unicité, et c’est là qu’est le paradoxe. S’ensuit alors une émulation, et inévitablement une sorte de micro-formatage pour pouvoir rester dans le groupe. J’en discutais avec un pote ce matin: “dès que tu crées un “univers régulé”, même si il entre à contre courant du principal, il finit par te donner autant d’obligations que le principal”, me répondait-il. “le seul moyen c’est un dynamisme permanent”. A vrai dire, pour caricaturer (Si peu?), j’ai vu cette soirée comme une immense foire d’exposition. La salle était divisée en stands par secteur, la plupart étaient là pour tenter de retrouver leurs amitiés virtuelles. On déambule dans les couloirs, déguisé ou pas, et on cherche ses amis/contacts, ou on regarde. Personnellement, à un moment, j’ai préféré m’asseoir comme en terrasse, et regarder passer les gens. Impossible de parler à cause du bruit, impossible de danser à cause de la “musique”. Donc on observe (On est/se met en marge de la marge, en quelque sorte). Vu que les gens veulent montrer une originalité, et que ce truc, par son aspect “vecteur de masse un peu à part”, donne une impression de quelque chose d’extraordinaire, on s’attend à un peu de folie ou de délire; mais rien. On aurait dit qu’eux-mêmes attendaient.
En fait, l’originalité n’est pas. Comme le disait encore mon pote, “ce genre de soirée paraissait étrange en 1997, mais l’élément bizarre est révolu”. Là c’est de la caricature du bizarre, c’est du “mythe”, version Roland Barthes, que des signes.
Enfin, tant que ça reste inoffensif, et si certains y trouvent leur bonheur…

[A part ça, je tiens à transmettre mes amitiés à Monsieur Tout-Le-Monde, l’être le plus sympathique que j’aie rencontré sur le lieu.]

Allez-y, maintenant, lecteurs adeptes, immolez-moi si vous voulez.

princess klopobek