Au nord c’étaient pas les corons

Mercredi 9 Juin 2004, 20:29

Une demi-journée pour récupérer une semaine de retard sur mon pc, lire les dizaines de mails de supplications de retour et déclarations d’amour tues jusqu’à ma disparition momentanées (comme quoi qu’il n’y a que quand quelqu’un est parti qu’on se rend compte qu’il manque).
Stupeur et tremblements, j’ai grimpé au plafond, je ne me savais pas tant aimée (et j’adore ça en fait, ça donne envie de partir plus souvent); je suis trop fade pour répondre individuellement après cette semaine mais je remercie mes fervents lecteurs de leur amour affirmé.

Mon absence prolongée de ce blog est due au fait que sur place, je n’ai trouvé qu’un seul pc relié à internet par un truc genre connexion 512K avec un modem qui devait tenir de l’antenne TV faite maison avec des branches de bois, et un clavier complètement inutilisable.

Zo, mon périple s’est bien passé, l’Allemagne est comme ses habitants: beaucoup trop grande et ultra chiaaaaaaaaaaante à traverser malgré quelques exceptions d’intérêt purement intellectuel: j’y ai ainsi découvert les hélices qui font tourner le monde; elles sont regroupées en troupeaux, et je me suis bien évidemment rendu compte, puisqu’elles sont fabriquées à l’image de l’homme, qu’il en était toujours une pour ne rien foutre pendant que les autres bossent comme des chiennes (ou alors ces trucs fonctionnent à l’essence et on a oublié d’en refournir une à chaque fois pour des raisons pseudo-écologiques ou que sais-je)
Non, sans rire, l’Allemagne, c’est très joli dans le sud, mais le Nord est tellement abrutissant qu’on n’a pas d’autre choix que de faire passer le temps avec des vannes immorales du pire goût (”Ooo Cloppenburg, un endroit où il doit faire bon vivre”; “Mouahahahaha bitte ein bit, les Allemands sont quand même bien les seuls à pouvoir placer ce mot dans une seule phrase”; mais encore, je suis allée jusqu’à vouloir m’arrêter pour manger un bout à Hambourg, c’est dire - enfin je ne vous la retranscris même pas). Enfin, si quelqu’un veut prendre le risque de voyager avec moi, il sait à quoi s’attendre de toute manière.

Quand on traverse l’Allemagne du nord, on en arrive au point où l’on recherche la distraction à tout prix; on s’interroge sur le plus petit détail, on se demande quel est ce village auquel tous les chemins mènent “ça doit être une grosse ville, Ausfahrt, la Rome de l’Allemagne”. On se demande si on va croiser Derrick, puis on se dit qu’à ce stade-ci il doit être interné en maison de retraite, complètement déifié, et on se réjouit pour ses congénères qui n’ont désormais plus de problèmes de sommeil puisqu’ils l’ont constamment sous les yeux.

Mais bon, la route a beau être longue (à peu près 600 kilomètres de collines, de vaches et d’éoliennes), on a beau être retardés par les travaux (les ouvriers bossent là-bas, il y en a partout, mais ça n’avance pas plus vite qu’en Belgique), ce retard est vite rattrapé et ça passe assez vite quand la vitesse est limitée à + km/h (A moins qu’un conducteur inconscient n’essaye de photographier son compteur en plein feu de l’action - mais je ne suis pas inconsciente heing).

Le Danemark: un havre de paix. Les villes ont les avantages des villes sans en avoir les inconvénients, il y a tellement de vélos que les voitures ne sont jamais encombrées. Le peuple danois est zen, une bière greffée au bout du bras (bouteille ou canette selon la caste), vit dans des maisons étranges avec du gazon dessus, utilise des dragons pour se chauffer, est vêtu essentiellement de peaux de bêtes, se lave en faisant caca, voue un culte profond à Bouddha et aime à boire une bière vers 17heures sur son drakkar contemporain. J’ai logé chez mon pote danois Bæn Lecøcq, le véritable prince du Danemark, pas celui de pacotille, un vrai de chez vrai, grand, blond et tout, qui vit avec sa superbe princesse à la voix d’or, Christinå, et qui m’a fait rencontrer son pote Bæn (en vérité ils s’appellent tous “Ben” là-bas, ça doit être un surnom familier du coin), qui à mon avis doit être au moins grand Duc rien que pour sa promptitude à l’accueil barbec’ et dive bouteille.

La deuxième étape de mon voyage fut la Suède. Un pays vert, à peu près aussi chiant que l’Allemagne, sauf à l’endroit imprononçable où je me suis arrêtée, qui constitue un véritable rêve pour les sociopathes tels que moi ou les forces tranquilles telles qu’Owen. Contrairement aux Danois pour le vélo, les Suédois ont opté pour le break: ils roulent tous en Saab et en Volvo, un peu les traîneaux de compète là-bas (c’est qu’il en faut de la place pour allonger leurs jambes).
Mais étrangement, le peuple suédois est constitué essentiellement de mouettes, d’ours blancs (mais rassurez-vous, ils sont totalement domestiqués), et de méduses (du moins j’ai croisé plus de mouettes que de Suédois). Ici, , , et encore (vous voyez y en a plein - la photo surmarine c’est mon fort, j’ai créé une nouvelle branche je crois).

En ce qui concerne leurs habitations, on peut réellement dire que les maisons sont propres et ultra-fonctionnelles, ils rangent, rangent, rangent et ils nettoient tout, ils aiment ça. Puis pour ce qui est de survivre sur place, pas de problème: le Suédois, bien évidemment, fait toutes ses courses chez H&M, qui constitue là-bas un véritable supermarché.

Quant à l’habitant, très sympathique, il m’a sans conteste accueillie selon les modalités dues à mon rang; un peu sauvages, lui et sa compagne ont néanmoins été adorables et je ne les remercierai jamais assez de leur accueil.

Enfin, je tiens à souligner pour clore ce descriptif une petite parenthèse sur la culture musicale du pays. A ce sujet, il convient de dire que le temps là-bas s’est arrêté: le Suédois, qui est un grand nostalgique dans l’âme, en est toujours resté au plus pur style variété des années 80: l’Eurovision bat son plein, ABBA a toujours le vent en poupe et les oeuvres d’Agnetha Fältskog constituent les meilleures ventes de CD sur le territoire. En gros, si on allume la télé ou la radio, on a 95% de chances de tomber sur l’un ou l’autre membre du groupe. J’ose à peine imaginer les longues soirées d’hiver devant les émissions rétrospectives sur le groupe mythique; une pure merveille.

Et c’est ainsi que, épuisée, la tête pleine de splendeurs et souvenirs, trop fade pour conduire, j’ai pris un bateau pour le retour. Je vous laisse découvrir les photos par vous-même, elles en disent long.

princess klopobek