Je suis victime de mes parents, de mes potes, de la société, de la bureaucratie, de mes frères et soeurs, de mon chien, de mes ex, de mon institutrice de 4ème, de moi-même. Je suis une traumatisée, une névrosée. Comme tout le monde.
“Oui mais j’ai des problèmes de couple”, “Oui mais ma mère buvait” “Oui mais c’est un martyr”, “Oui mais elle est déprimée”. On est tous victimes de quelque chose; des autres, de l’état, des médias. C’est déjà bien de le reconnaître. Ca permet de se déculpabiliser, et, par sous-entendu, de reconnaître ses torts (de nos jours, on dirait que “faute avouée totalement pardonnée”) tout en rejetant la cause de ceux-ci sur les autres. Le “Oui mais” suivi du procédé de victimisation est à l’honneur; il offre l’aspect devenu, dirait-on, quasi tout-puissant de la circonstance atténuante.
Je disais que c’était déjà bien de s’en rendre compte, mais cela doit-il tout excuser? Pauvres de nous, si nous agissons de la sorte, c’est uniquement à cause des autres, ils nous ont forcés. Où sommes nous encore responsables de ce que nous faisons, où sommes-nous pensants lorsque nous n’agissons que par réflexe?
Il m’arrive de plus en plus souvent d’en avoir marre des victimes pour l’éternité; le passé est inchangeable et le présent devient, évidemment, bien vite le passé, et ce stade doit pouvoir se dépasser à un moment. J’ai appris à éliminer ce concept de moi-même, à arrêter de m’y complaire, à évoluer en agissant envers et contre la plupart des choses dont je pensais être victime, en les prenant de face, en résolvant parfois leurs effets, tout ceci constamment encore, et j’assume ce que je suis/ce que j’ai fait de moi/ce que l’on a fait de moi depuis un bon moment; et pour le reste, si je suis moi ou si je ne suis pas moi c’est parce que, en fin de compte, cela me convient, et je n’ai pas honte de le dire.











