En parallèle avec la prolifération des blogs arrive une prolifération de sites de classification de blogs; ça me troue les yeux.
D’une part, être classé en tant que blog parmi la multitude des autres sites suffit amplement à mon goût. Pourquoi se passe-t-il alors un sous-classement particulier spécialement pour les blogs? Toujours ce besoin de catégorier, de classifier, en enfermant les choses dans un carcan étroit, limité, classique et caricatural pour un meilleur contrôle; besoin typique de notre époque, où la culture de la rapidité est pratiquée à foison.
La classification permet le préjugé, et donc la simplification des relations: elle permet de voir alors les choses et les gens sous une échelle manichéenne, et de se dire “j’aime” ou “j’aime pas” tout simplement, ou même mieux: “je vais aimer” ou “je ne vais pas aimer”. On ne peut plus se permettre de prendre le temps de connaître les choses en profondeur alors il faut classer vite fait. L’expression “affaire classée” est très significative de cet état d’esprit.
Certes, certains blogs clament haut et fort le type auquel ils veulent appartenir, libre à eux, et en général ils essayent de faire aller leurs écrits dans le sens qu’ils veulent donner. Mais beaucoup de blogs sont créés justement par leurs auteurs pour éviter ce genre de classement fermé: l’auteur, estimant que sa personnalité est plus riche que l’image dans laquelle son entourage le perçoit et l’a définitivement enfermé, souvent à tort, ( les réactions vis-à-vis de lui allant de pair avec cette image) mais ne pouvant la communiquer à cause de cet aspect définitif, crée son blog dans une optique de nouveau moyen d’expression de cette personnalité; même si parfois il évite d’en dire trop pour préserver son intimité. Chacun a la certitude d’être unique, complexe et de valoir la peine, personne ne peut en douter. Le blog redonne au moins cette impression de sortir de la masse, impression perdue dans la plupart des contacts “dans la vraie vie”. Que l’on ne refasse pas la même erreur que celle que l’on vit tous les jours. Que l’on ne nous enferme pas à nouveau parmi une masse de gens “drôles” ou “sérieux” ou “cyniques”. On ne peut limiter une personnalité si riche et si complexe qui constitue un individu (sauf exception) à une seule partie de cette personnalité, mais apparemment le système est impossible à enrayer.
Donc, tant qu’il en est encore temps dans ma “vie virtuelle”, je refuse que mon blog, que j’estime plus riche et plus intéressant que les concepts dans lesquels on essaye de l’enfermer, soit cloîtré entre les oeillères bornées du préjugé (après tout, je suis la seule, apparemment, à savoir le sens réel que j’y mets). Je refuse qu’un lecteur arrive ici en se disant “j’ai envie de rire, je vais lire un blog humoristique” ou que sais-je. Pour moi ce site est un amas d’idées, sans ligne de conduite particulière, sans un sujet de prédilection particulier, aux supports aussi variés que ce qu’il m’est possible d’apprécier et réaliser en fonction de mes moments.
Je souhaite ardemment que le lecteur arrive ici aléatoirement au détour des liens, sans à-priori particulier qu’on aurait pu lui mettre en tête, juste par curiosité, et sans cette volonté de vouloir contrôler l’avenir immédiat de son “surf”. Parfois, il est agréable de perdre son temps dans le hasard des découvertes. Parfois pas. C’est ce que j’aime sur internet, et je n’ai pas envie qu’on me l’enlève.
















