Comme la plupart des internautes vivant aussi bien d’amitiés rencontrées par le biais du net que d’amitiés rencontrées en toute autre occasion, j’ai été confrontée aux questions et affirmations suivantes: “Mais comment peux-tu estimer que ce sont des amis? Tu ne les connais pas, ils peuvent se faire passer pour ce qu’ils veulent; le net est un véritable nid à détraqués; moi je ne pourrais pas avoir des amis sans jamais les rencontrer ou voir qui ils sont réellement etc etc”.
Soit. N’ayant pu m’expliquer correctement vis-à-vis de ces mots vu l’état d’étonnement que ceux-ci avaient suscité en moi, et étant donné que je m’exprime mieux par écrit que par l’orifice qui me sert avant tout à manger des pâtes et du chocolat, je réponds ici.
Bien entendu, je ne connais pas du tout la personne au départ, mais finalement, je ne la connais pas moins qu’une personne abordée dans un café ou pire, dans un dîner, où on me la présente en lui collant directement une étiquette sociale.
Au début, un dialogue s’amorce timidement, de manière assez anonyme. Il n’est pas plus difficile de percevoir rapidement s’il s’agit d’un(e) “détraqué(e)” dans une conversation msn ou irc que lors d’une rencontre dite “normale”.
Je veux dire par là que c’est tout aussi simple. Ou pas. Une personne perverse, par définition, détournera les choses de leur sens premier, dont avant tout son image elle-même, que ce soit dans le quotidien ou derrière un écran. Il s’agit juste d’avoir l’oeil. Les gens du net sont des gens comme les autres, des humains qui vivent comme les autres humains (à part plus isolément peut-être? Puis même, au cas où, comment une personne peut-elle se donner le droit critiquer le style de vie d’une autre parce que celui-ci n’est pas le même que le sien?) et pas de simples interlocuteurs. Il y a autant de tarés dans le monde réel que dans le world wide web, puisque ce sont les mêmes gens .
Une conversation s’entame donc. Au fur et à mesure on commence à se rendre compte que l’absence de possibilité de jugement du “non-verbal” permet au “verbal” de prendre de l’expansion: la profondeur de la conversation s’amplifie, l’on aborde doucement des thèmes plus personnels. Parfois pas. Le contact reste parfois du domaine de la simple connaissance, comme dans “la vraie vie”. Quand l’intimité amicale prend forme, cela devient rassurant; la confiance s’installe délicatement. L’ami internaute est chez moi plus ou moins tous les jours mais sans être chez moi pourtant, je ne me sens pas guindée; nous commençons à connaître mieux nos états d’âme.
Au bout d’un moment, que ce soit avec un début de sentiment amoureux ou en toute amitié, on en arrive à ressentir l’envie de se voir, parce que les conversations écrites commencent à sembler légèrement frustrantes. Evidemment, il est infiniment plus agréable au bout d’un moment de papoter de visu devant un verre que devant un écran, sur ce point je suis d’accord.
Lors des premières rencontres, on se rend compte que l’ami internaute est tel qu’on le pensait. Ou pas. Ces rencontres sont souvent décisives.
Puis on revient sur le net et on continue à discuter; on remarque que rien n’a changé dans la discussion depuis la rencontre. Ou pas: j’ai aussi entendu parler de très grandes déceptions, de fuites et/ou de regrets après les premiers visus. Rien n’est parfait: qui n’a jamais perdu un ami pour une raison ou une autre, laissant juste une trace amère?
Puis on décide de se revoir, puis encore puis encore. Il est finalement plus facile de se donner rendez-vous puisque l’on se côtoie pratiquement tout le temps. Et on constate finalement avec étonnement que l’on voit plus souvent son ami cybernétique qui vit à 70 kilomètres que son ami d’enfance qui habite pourtant à deux pas.
L’amitié virtuelle n’est pas nécessairement plus ou moins profonde qu’une autre amitié. Elle est simplement plus régulière; et la connaissance de l’autre est appréhendée différemment puisque l’on se dévoile différemment: il y a des thèmes que l’on ose aborder sur le net et que l’on n’aborde jamais dans la vie, et vice versa.











