La vie de château

Jeudi 23 Janvier 2003, 18:13

Cela fait maintenant un an et demi que je travaille dans cet hôtel. Même s’il n’y a jamais de quoi remplir huit heures de boulot j’ai vu quand même défiler un joli panel de gens de toutes sortes: si monsieur x, le boucher du coin, savait qu’il a passé sa nuit de noces dans la même chambre que Nathalie Baye à quelques jours d’intervalle il aurait avancé son mariage de quelques jours.

A travers ce job pris un peu au hasard, j’ai eu la possibilité de ressentir la joie du commerçant qui se retrouve face à plusieurs catégories de personnages: c’est parfois assez agréable, parfois franchement insupportable. Je me suis donc à faire comme tout le monde en m’assignant à les classifier dans un nombre défini de catégories (comme tout le monde); carcans somme toute très traditionnels puisque force m’est de constater, comme tout le monde, que “comme quoi que c’est l’argent qui fait tout (et tout le monde)”. Je me fiche de savoir si ce qui suit est correct ou pas ça me défoule (comme tout le monde) et ca fait passer le temps au boulot:

- Les “vieux riches” ou grands bourgeois:
Souvent extrêmement bien élevés, s’accordent de temps en temps des petites fantaisies. Adressent la parole aux employés de manière légèrement condescendante.
Parfois un peu capricieux, mais sans trop de gravité, contrairement à ce que l’on pourrait croire (sauf exception). Malgré l’habitude du faste et des flonflons qui les caractérise, savent finalement s’adapter à pas mal de situations sans trop de difficultés et s’énervent rarement.

- Les nouveaux riches ou “arrivés”: Catégorie parmi les plus insupportables.
Méprisants, extrêmement exigeants, réclament tout ce à quoi ils croient avoir droit car ils veulent profiter un maximum de leur nouvelle richesse, la plupart ayant oublié de quel milieu ils provenaient.
Souvent vulgaires, ne font preuve d’aucune bonne manière ou alors empruntée.
Demandent souvent à ce que l’on résolve les grands problèmes de l’humanité de type: trouver quinze oreillers supplémentaires, poser des ampoules de 40 watts (non pas 25 ni 60 mais bien 40) à toutes les lampes de la chambre, petit déjeuner absolument au lit parce qu’ils ne peuvent pas se lever avant d’avoir mangé un bout etc etc.
Se goinfrant au petit déjeuner, ils redemandent un maximum de suppléments; après leur départ leur chambre est souvent reconnue dans un état de catastrophe artificielle et des scellés sont posés.

- Les célibataires en voyage d’affaire (classe à part):
Souvent de genre masculin, extrêmement gentils et envahissants. Sont arrivés à leur statut un peu par hasard au point que “si on leur avait dit 20 ans avant ils ne l’auraient pas cru” (sic).
Le parcours de leur vie ayant été aléatoire, ils ont été confronté à toutes sortes de situations et s’adaptent donc à tout.
En mal d’affection mais ne le reconnaissant pas, ils recherchent un support psychologique auprès des réceptionnistes en leur racontant leur vie. Savent rester debout face à un comptoir pendant des heures.

- Les classes moyennes:
Mitigé: parfois très gentils, rarement insupportables. Trouvent généralement les prix excessifs et réclament un rabais pour toute raison possible et inimaginable mais finissent quand même par accepter le prix tel quel et s’incrustent.

Y intégrer les familles américaines composées de trois ou quatre enfants dont un bébé, un chien et un chat, le tout dans la même chambre de 30m². Ceux-ci sont en général assez bruyants et faussements éduqués: exemple: “pourriez vous dire à vos enfants de faire un peu moins de bruit dans les escaliers je vous prie?” Réaction de l’interpellé “oui bien sûr”. Réaction de l’interpellé aux enfants: néant.

- Les petites classes:
Certainement les plus agréables. Loger dans un hôtel, château de surcroît, étant pour eux un événement exceptionnel, ne râlent jamais. Parfois se la jouent “grand châtelain” mais c’est très rare. Demandent le petit déjeuner au lit. Emerveillés de tout. S’efforcent d’être le plus agréable et le mieux élevé possible.

- Les couples illicites:
Demandent l’anonymat et rien d’autre. Très discrets (sauf ceux qui crient et que l’on place au deuxième étage), s’en vont généralement au bout de deux ou trois heures au maximum.

princess klopobek