
L’expérience de Milgram a été effectuée en laboratoire, à l’Université Yale au début des années soixante. Les sujets de l’expérience sont 40 américains de sexe masculin, âgés de 20 à 50 ans. L’expérience met en présence deux personnes : un sujet, non initié, et une fausse victime qui est la complice (compère) du psychologue. Officiellement le thème de l’expérience est l’étude de la relation présumée devant exister entre la punition et l’enseignement : un professeur-maître doit administrer à un élève des électrochocs chaque fois que celui-ci commet une erreur en répondant à une question et augmenter l’intensité de la décharge à chaque erreur suivante.
L’élève-complice est attaché sur une chaise électrique de telle sorte qu’il puisse appuyer sur un bouton électronique pour répondre par oui ou par non aux questions qui lui seront posées. L’expérimentateur et le maître s’installent dans une pièce voisine. Le maître est assis devant un tableau de commande comprenant un voltmètre et permettant d’administrer les électrochocs de 15 à 450 volts par tranche d’augmentation de 15 volts. A chaque catégorie de chocs correspond un niveau: choc léger, choc modéré, choc fort, choc très fort, choc intense, choc extrêmement intense, attention : choc dangereux, XXX.
Le maître, à chaque augmentation de l’intensité de la décharge, doit annoncer le voltage qui est atteint. L’élève-complice, à partir de 75 volts et jusqu’à 105 volts pousse un léger gémissement. A 120 volts il crie à l’expérimentateur que les chocs deviennent douloureux. A 135 il hurle et à 150 il implore. A 180 l’élève s’exclame :”Je ne peut plus le supporter!” A 270 il a un cri d’agonie et à 300 volts il dit d’une voix désespérée qu’il ne fournira plus aucune réponse. A 315 et 330 il hurle de douleur et après 330 il garde le silence.
Si le maître refuse de poursuivre l’expérience l’expérimentateur dispose de quatre renforcements pour convaincre le maître de reprendre l’administration des électrochocs :
n°1 “Je vous prie de continuer !”
n°2 “L’expérience exige que l’on continue !”
n°3 “Il est absolument indispensable de continuer !”
n°4 “Vous n’avez pas le choix, vous devez continuer!”.
Deux renforcements particuliers sont encore utilisés :
- si le maître demande s’il y a un risque de dommage physique permanent pour l’élève à poursuivre l’expérience, l’expérimentateur répond : “Même si les chocs sont douloureux, ils ne peuvent provoquer aucune lésion durable ; en conséquence, continuez !”,
- si le maître fait remarquer que l’élève en cessant de répondre refuse de continuer, le psychologue réplique : “Que cela lui plaise ou non, vous devez poursuivre jusqu’à ce qu’il apprenne correctement … . Je vous prie donc de continuer.”
Si, malgré tous les renforcements, le maître refuse d’obéir l’expérience est alors abandonnée.
Les résultats de l’expérience sont les suivants : aucun des 40 sujets ne s’est arrêté avant le niveau de 300 volts, 5 seulement ont refusé d’obéir au-delà de 300 volts, 9 autres ont abandonné entre 315 et 390 volts, tous les autres sujets, soit 26 sur 40, (65%), ont accepté d’obéir aux ordres, c’est à dire d’administrer des chocs électriques de 450 volts.
L’expérience étant achevée la plupart des sujets soupirent de soulagement, mais certains restent calmes du début à la fin.
Milgram fait dans ses commentaires de l’expérience principale deux constations :
- 1. La tendance à l’obéissance est grande puisque 65% des sujets renoncent à la loi morale, qui leur est connue, selon laquelle l’on ne doit pas faire souffrir un innocent sans défense ;
- 2. Cette tendance s’exprime sous une extrême tension, alors que l’on aurait pu supposer que les sujets, selon leur conscience morale, auraient tout simplement renoncé ou continué.
Les commentaires de Milgram sont critiqués par certains auteurs, comme Erich Fromm (Erich Fromm, La passion de détruire, Robert Laffont, Paris, 1975, pp. 71-73) qui pensent que le plus étonnant ce n’est pas que 65% des sujets obéissent mais que 35% refusent de le faire.
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